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Edouard Boubat PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 26 Juin 2009 10:06
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Edouard Boubat
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A la découverte des grands photographes
par l’association Images & Créations – Gétigné-Val-de-Clisson


EDOUARD BOUBAT

(séance du 15/02/2008)

 

Un film

« Contacts », série documentaire proposée sur Arte par le photographe et cinéaste William Klein, avec le concours du Centre national de la photographie.

(…), le photographe n’apparaît pas. On entend juste sa voix commentant ses planches-contacts, analysant ses intentions, son acte photographique, précisant sa technique, revenant sur son évolution. La planche-contact se prête particulièrement à cet exercice. C’est un peu comme si un écrivain allait dans sa corbeille à papier ou dans le disque dur de son ordinateur rechercher brouillons ou premiers feuillets. La planche-contact est une sorte de caverne d’Ali Baba. Elle recèle des trésors oubliés, trop vite négligés, des cadres imparfaits, des séries qui éclairent un contexte, une histoire. Balayer à la loupe une planche-contact, c’est voir ce que le photographe a vu.
Ce soir, on suivra à la trace Edouard Boubat au jardin du Luxembourg, devant un kiosque à journaux de Saint-Sulpice, mais aussi à New York, au Portugal ou en Inde. De la fameuse photo d’une Japonaise sous une pluie de pétales de cerisier, prise non au Japon, mais au parc de Sceaux, il dit : « Je n’ai jamais cru à l’objectivité de la photographie. On lui fait dire ce que l’on veut. »

Magali Jauffret, journaliste, critique photo.

 

Une note biographique

Né en à Montmartre, Boubat a vécu principalement à Paris. (1923-1999).
Il étudie la photogravure pendant les années d’occupation.
Après guerre, après avoir connu l’infernal STO en Allemagne, il exerce son métier la semaine et photographie pour lui le dimanche, bien décidé à profiter de la vie et de la liberté retrouvée.
- 1946, première photo, la petite fille aux feuilles mortes (jardin du Luxembourg).
- 1947 , il rencontre Lella, qui partagera sa vie quelques années et sera à l’origine de son inspiration.
Il montre très vite ses photos et reçoit un 1er prix Kodak au salon de la photo à la Bnf.
- 1950, toujours amateur, il est publié par la revue Camera (l’arbre et la poule)
- 1951, signe d’une reconnaissance rapide, il est exposé aux côtés de Doisneau et de Brassaï à la librairie-galerie La Hune à St Germain-des Prés.
C’est là que son travail séduit le directeur artistique du magazine de reportages Réalités qui décide de l’embaucher. Il a 28 ans et va pouvoir vivre complètement de sa photographie en voyageant partout dans le monde.
Quand cette revue cesse de paraître dans les années 70, il rejoint l’agence Rapho, publie de nombreux livres et expose jusqu’à la fin de sa vie, confiant les textes d’accompagnement à des écrivains de renom (Antoine Blondin, Michel Tournier, Christian Bobin, )

 

Une note bibliographique

EDOUARD BOUBAT
Bernard Boubat et Geneviève Anhoury,
Éditions de la Martinière, 368 pages, 75 €.


Cette monographie exhaustive parue en 2004 (disponible) fait figure d’ouvrage définitif. Elle dévoile aussi un peu des secrets de fabrication du photographe.
Malheureusement, le livre (grand format cartonné) est cher.

LA PHOTOGRAPHIE
Edouard Boubat
Le Livre de poche, 220 pages, 1985, 5,50 €.

Ré-imprimé sans interruption depuis 20 ans en poche, ce manuel d’initiation est aujourd’hui un classique de l’édition.
Boubat met à la portée du plus grand nombre les notions techniques et esthétiques essentielles en les illustrant des ses propres œuvres.

EDOUARD BOUBAT
Bernard George
Collection Photopoche n°32 , éditions Actes Sud, 62 pages, 1999, 8,35 €.


Une approche de l’œuvre, de qualité et au meilleur coût, mais avec les limites du format d’impression.

 


Une analyse de style

Comme presque tous les photographes français de l’immédiat après-guerre, Boubat est considéré comme appartenant au courant « humaniste ».
Label sympathique s’il en est, mais, à mon avis, réducteur le concernant.

Chez lui, pas de pavé mouillé, pas de béret-cigarette-et-baguette-de-pain, pas de lampadaire dans la brume et de bistrot enfumé.

Et pourtant, lui aussi, marqué par les années de guerre, a photographié ses semblables retrouvant la joie de vivre malgré la dureté de l’existence dans un pays dévasté.
Lui aussi a arpenté sans relâche le macadam parisien sans but précis, l’œil en éveil.

Mais son approche de la photographie est différente, moins descriptive, plus proche du ressenti, moins militante, plus personnelle.

Son univers : l’harmonie, la sérénité, l’émerveillement, l’amour, la poésie.
Ses thèmes : sa propre vie, sa ville (Paris), ses voyages, ses rencontres.

A la différence de Doisneau et de Ronis, il ne s’est pas limité à la France et a beaucoup voyagé de par le monde.
Paradoxalement, il a produit beaucoup moins d’images que ces deux confrères.

Il n’est pas un vrai reporter non plus, car il n’a pas cherché à dénoncer les malheurs de la planète.
D’où quelques reproches à son égard : idéalisme, naïveté ou mièvrerie selon le degré de sévérité de certains critiques.

Personnellement, je ne partage pas ces réticences, appréciant la quiétude et l’apparente mais trompeuse simplicité des photos de Boubat.

C’est vrai, il photographie son bonheur, mais pas seulement le sien, celui des autres aussi. Même si c’est un bonheur simple, même si c’est celui des habitants du bout du monde.

Par essence, le bonheur est fugitif.
Boubat ne capture pas des instants décisifs comme un reporter, mais des instants fugitifs. C’est moins spectaculaire, mais c’est plus subtil. C’est en ce sens, qu’on dit parfois qu’il est un poète-photographe.

Se souvenant de cette photo de l‘arbre et la poule qui lui avait tapé dans l’œil, Prévert a voulu en rencontrer l’auteur. Pour lui, il écrit un très beau texte, baptisant son nouvel ami,
« le correspondant de paix ». L’expression est restée.

Certains photographes d’aujourd’hui, comme Sebastiao Salgado, revendiquent l’ influence de l’œuvre de Boubat. Son sens inné du cadrage, de la lumière et de la composition ont fait école.
D’autres comme Bernard Plossu, voyageur intuitif comme lui, reconnaissent une filiation poétique et artistique.

 

S’il n’y avait que 12 photos de Boubat à connaître :

la petite fille aux feuilles mortes-Paris-1946 (Rolleiflex + 75 mm)
Leila-Bretagne-1947
l’arbre et la poule-vers Pau-1950
Première neige au jardin du Luxembourg sous la neige-Paris-1955 (Leica M + 50 mm)
L’homme à l’enfant (Leica)- Portugal-1956
Le dormeur- Portugal-1956 (Leica)
Le viel homme et la mer-Bretagne-1961
Le village – Inde-1964 (Leica + 50 mm)
Neige à Paris-1964 (Leica + 50 mm)
Nu- Paris-1974 (Nikon + 50 mm)
Cerisier en fleurs-Parc de Sceaux-1983 (Leica CL)
Rémi écoutant la mer-1995


Texte : Christophe Noguès
 
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